Champasak et les 4000 îles

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C’est à la nuit tombée après une journée de transport éprouvante, comme elles le sont souvent, que nous arrivons dans le petit village de Champasak. On a peine à croire qu’il y a trente ans la ville était encore la cité royale du Laos tant le lieu nous parait modeste. Nous décidons d’y passer quelques jours, à profiter de la douceur de vivre au bord du Mékong, particulièrement beau et calme par ici. Notre séjour s’écoule donc tranquillement autour de balades à vélo sur l’île de Don Daeng, de massages à l’huile de coco dans les jardins du fleuve, de détente et de cocktails fruités sirotés au crépuscule.

 

Mais nos soirées à Champasak sont pleines de surprises ! D’abord la rencontre d’un laotien, coach de boxe à ses heures, avec qui Pierre sympathise rapidement au point d’enfiler les gants et de se prêter à un petit entrainement particulier. Le lendemain a lieu une fête locale durant laquelle familles et amis se réunissent, plusieurs fois nous sommes invités à partager une (ou plutôt des) bières dans une ambiance bonne enfant. Enfin et surtout nous assistons à la projection du film Chang, qui mérite quelques lignes tant l’expérience est unique et inoubliable.

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Cette œuvre de 1927 est diffusée en plein air trois fois par semaine près de l’office de tourisme. C’est un film muet, noir et blanc, tourné en deux ans par le réalisateur du premier King Kong. Fiction réaliste, il montre le trépident quotidien d’un villageois et de sa famille qui vivaient alors dans la jungle laotienne primaire et hostile : attaques de tigres et de léopards chassant le bétail, hordes d’éléphants dévastatrices, singes, serpents et autres animaux exotiques… le danger était permanent. Le tournage lui-même fut périlleux quand on sait que le zoom optique n’existait pas et que l’homme devait tourner la caméra manuellement, ce qui imposait de se tenir très proche (parfois à quelques centimètres) des bêtes sauvages ! En plus de la mise en scène et des images exceptionnelles, la projection est rendue véritablement fantastique grâce à l’accompagnement musical live d’un orchestre laotien dont certains membres vont jusqu’à réaliser les bruitages oralement. Nous sommes envoutés par les sonorités étonnantes des instruments traditionnels et nous sentons totalement immergés dans l’aventure qui s’expose à nos yeux, nous frémissons à l’apparition du tigre, sursautons aux coups de fusil des villageois, et rions aux bêtises du petit singe domestique. Un vrai bijou.

A proximité de Champasak se trouve le Wat Phou, le site archéologique le plus important du Laos, de la même époque (et civilisation) que son cousin cambodgien Angkor. Malheureusement en grande partie détruit, il n’en reste pas moins des ruines intéressantes. A flanc de montagne, deux palais encore debout entourent une allée centrale menant aux 77 marches d’un escalier pentu, joliment bordé de frangipaniers. Celui-ci conduit au sanctuaire qui abritait jadis un lingam arrosé en permanence par l’eau d’une source sacrée avoisinante, acheminée par d’ingénieux systèmes de rigoles. La vue sur l’ensemble du site depuis la terrasse supérieure est saisissante. Il paraitrait qu’un chemin part d’ici pour rejoindre le temple d’Angkor, mais nous ferons quelques étapes entre les deux.

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Siphandone ou « les 4000 îles »

Les 4000 îles, un nom qui nous faisait rêver à lui tout seul. C’est notre dernière étape au Laos et nous découvrons un lieu idyllique qui invite encore à la détente, ainsi qu’à observer l’omniprésent Mékong dans sa partie la plus capricieuse.

Ici le fleuve se sépare en d’innombrables bras au milieu desquels une multitude d’îles et ilots émergent. Beaucoup sont constitués uniquement de quelques rochers, d’un petit arbuste ou d’un amas de végétation qui bravent le courant, plus sévère par ici. Certaines îles sont plus grandes et peuplées. Nous élisons domicile sur l’une d’elles : Don Khone. Nous prenons notre temps pour l’explorer elle et sa voisine Don Det, à pied ou à vélo. Le lieu est magnifique, le coucher de soleil magique (oui, on sait, c’est un peu le cas partout au Laos), l’ambiance calme et reposante. Nous passons des heures à contempler le fleuve où se relaient pêcheurs, buffles d’eau, et laotiens petits ou grands qui viennent y faire leur toilette journalière.

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Nous découvrons les chutes d’eaux (les seules du Mékong), qui avaient compromis le rêve français d’ouvrir une route navigable vers la chine à l’époque coloniale. Temporairement toujours, puisque ceux-ci s’étaient alors lancés dans la construction d’un chemin de fer à cheval sur deux îles dans le but de transférer les bateaux entiers (rien que ça) de part et d’autre des chutes ! Mais l’entreprise couteuse a finalement eu peu de temps pour être exploitée, rapidement délaissée pour les routes terrestres nouvellement construites.

Nous profitons aussi du lieu pour nous prélasser, en goutant au bonheur simple de l’oisiveté, du matin au soir, tranquillement installés sur les matelas des terrasses de restaurants ou dans le hamac de notre bungalow. Nous faisons parfois l’effort de s’en extraire pour chercher un jus de fruit de la passion ou un frappé à l’ananas. La belle vie en somme !

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Nous finissons ainsi notre séjour au Laos, en beauté. Les « Sabaidee » des enfants, la jungle et la douceur de vivre laotienne vont nous manquer, mais nous ne sommes pas inquiets pour la suite car nous avons entendu beaucoup de bien de notre prochaine destination : le Cambodge.

11 réflexions sur “Champasak et les 4000 îles

  1. Quel magnifique pays! Le mekong et vos superbes recits nous font voyager dans l’autre emisphere!
    Pierre, on a fait des palmes et tuba avec tata Josse et oui!! on a vu des poissons d’a peu pres toutes les couleur et des coraux en plus elle s’en est super bien sortie, on a bien pensé à vous 2. C’etait top.
    bisous Aurelien&Ludivine

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    1. Alors là bien joué vous avez réussi un petit exploit si vous avez pu convertir ma mère au snorkeling!
      En tout cas elle l’air d’avoir adoré son voyage et nous a chaudement recommandé la Nouvelle Calédonie… Ça donne envie, surtout avec des hôtes aussi attentionnés que vous !

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  2. Eh oui, je pourrai vous suivre en snorkeling maintenant ! Grâce à Réré…
    Bravo et merci pour vos recits et photos toujours aussi précis et magiques
    Des bises à vous 2

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    1. Merci Damien !
      Vous avez l’air d’avoir aussi passé du bon temps dans les îles du bout du monde et on a suivi vos drôles d’aventures à distance mais en rigolant bien nous aussi.
      Vous êtes partis moins longtemps, c’est sûr, mais en bonne compagnie. On a hâte d’avoir le récit détaillé à notre retour, les versions des uns et des autres.
      D’ici là, à nous de continuer à vous faire voyager. Et tant mieux si on y arrive.
      Grosses bises à tous les deux, on pense bien à vous.

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  3. C’est vrai que les photos des couchers de soleil (surtout celles avec vous dessus) sont superbes ! Ca mériterait d’être tiré sur une toile !

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