Sulawesi

À la question que vous nous poserez tous à notre retour, nous avons déjà la réponse : de tous les endroits que nous aurons traversés pendant ce voyage, notre préféré sera Sulawesi.

Cette île d’Indonésie, c’est le moyen de rayer d’un coup plusieurs lignes de notre Bucket List (cette fameuse liste des choses que l’on veut faire dans sa vie) : séjourner sur une plage paradisiaque loin de tout, observer les plus beaux fonds marins de la planète, être entourés de dizaines de dauphins, nager avec les tortues, les requins ou les raies, se confronter à des cultures ancestrales et uniques en leur genre ou encore s’empiffrer de homard…

Bunaken

Avec les voyages qui se succèdent, il devient plus difficile de vivre des instants qui vous bousculent. Heureusement certains endroits du monde nous réservent encore ce genre de surprise et Bunaken en fait partie.
Ce nom, que nous ne sommes pas prêt d’oublier, désigne la petite île qui s’étire sur deux kilomètres à proximité de la pointe nord de Sulawesi. Elle s’intègre dans un parc national protégé et réputé pour sa richesse sous-marine.
A l’arrivée nous choisissons une charmante guesthouse verdoyante avec bungalow près de la mer. L’ambiance y est très sympathique et même si les plages sont couvertes de mangrove – et donc peu propices à la détente – nous pensons pouvoir nous y relaxer et lézarder tranquillement en daignant sacrifier quelques minutes de notre temps aux poissons avoisinants. Grave erreur de jugement ! A moins de 100 mètres du rivage se trouve un ‘tombant’, ces endroits où la faible profondeur laisse subitement place aux abysses, formant un véritable mur vertical disparaissant dans le bleu sombre et fournissant un support idéal au développement des coraux de tout type ; et qui dit coraux…
P1130016Équipés de palmes, masque et tuba, nous nous en approchons et manquons de boire la tasse, bouche bée devant le spectacle qui s’étend sous nos yeux. Oubliez tout ce que vous avez lu sur ce blog, jamais nous n’avons contemplé des fonds marins aussi beaux… jamais même rien de comparable. Des poissons par dizaines de milliers nous entourent, de toute forme, de toute taille et de toutes les couleurs. C’est un balai aquatique à nul autre pareil. Partout les coraux sont plus beaux les uns que les autres, leurs multiples éclats et l’infinité des détails qui les constituent offrent un terrain d’exploration fabuleux qui s’étire à perte de nage. En guise de final, les tortues de mer nous ravissent en nous laissant les côtoyer et les suivre vers les profondeurs jusqu’à la limite de nos capacités apnéiques.
Il nous est difficile de vous décrire au plus juste ce spectacle sous-marin et surtout de retranscrire les émotions qui nous traversent. Nous ne sommes pourtant pas plongeurs dans l’âme mais ce n’est qu’après deux heures d’effort à contrer les courants assez puissants et complètement épuisés que nous nous résignons à rejoindre la terre ferme. Nous y retournerons trois fois par jours et ne séjournerons finalement à la guesthouse que pour y manger et dormir…

DCIM100GOPROGOPR0984.

Une excursion en bateau à la demi-journée nous mènera plus loin sur la mer pour découvrir une autre merveille. Rapidement, des dizaines et des dizaines de dauphins entourent notre embarcation, l’approchant parfois si près qu’on pourrait les toucher, pendant que d’autres nous régalent de leurs acrobaties aériennes.

Tongkoko

Cette réserve naturelle située à l’extrémité nord-est de Sulawesi n’est pas simple d’accès. Depuis Bunaken, nous reprenons d’abord le bateau puis sautons dans une mikrolet, suivie d’un bus local, d’une autre mikrolet et enfin à l’arrière d’un pick-up où nous sommes assis sur des planches, au milieu de huit indonésiens parmi lesquels deux jeunes filles qui passent tout le trajet à caresser les cheveux d’Hélène. La route est magnifique et débouche sur un petit village de bord de mer bordé par une plage de sable noir où jouent des ribambelles d’enfants de tout âge. À la tombée du jour ils aident leur pêcheur de père à pousser sa modeste embarcation vers la mer, dans l’espoir qu’elle le ramène le matin suivant la coque chargée de poisson.

Mais le principal attrait de Tongkoko demeure sa jungle qui abrite une faune intéressante, quoique difficile à observer. Nous nous levons donc à 5h le lendemain matin pour une balade de plusieurs heures dans le parc en compagnie d’un guide. Efficace puisqu’il débusque rapidement un couple de tarsiers, ces singes les plus petits du monde mais avec des yeux si grands qu’ils ne peuvent les bouger dans leurs orbites. Nous nous enfonçons ensuite plus loin dans la forêt à la recherche du hornbill, un grand calao que nous ne réussirons malheureusement à apercevoir que très furtivement. Notre accompagnateur « œil de lynx » nous repère alors un cuscus (prononcez couscous), grand et gras marsupial à la lente démarche, perché à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol, suspendu à une mince branche d’arbre par la seule force de sa queue. Sur le chemin du retour, nous tombons sur plusieurs macaques noirs.

P1120957-2

Les îles Togian

Là encore ce sont d’interminables temps de transports qui sont nécessaires pour atteindre cette destination (on ne compte plus en heures mais en jours). Mais une fois sur place on se rend compte ô combien ces îles perdues au milieu de Sulawesi méritent qu’on se donne le mal d’y parvenir. Disons que les Togian sont aux plages ce que Bunaken est aux fonds-marins : la perfection ou presque. Nous commençons par passer quelques jours sur l’île de Malenge, et si ce n’est pas le paradis alors on s’en approche grandement ! Pour 13 euros par jour en pension complète, nous séjournons dans un bungalow sur une plage de sable blanc isolée et intime à souhait, au milieu d’une crique accessible uniquement en barque, à l’ombre des cocotiers, entourés par la jungle et face à l’immensité d’une mer calme et limpide. Nous passons nos journées dans une eau toujours plus belle et plus transparente que tout ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. Quand la cloche sonne, nous mettons les pieds sous la table et nous régalons de poisson grillé. L’équipe qui nous accueille est des plus adorables : Nuir, le gérant, nous guide volontiers en snorkeling jusqu’aux récifs avoisinants pour observer bébés requins, raies pastenagues et autres tortues. Bref, le paradis on vous dit.

P1120981

Un peu plus loin sur cette même île, nous visitons un village flottant de Bajo surnommés les « gitans de la mer ». Dans un cadre idyllique, les quelques maisons posées sur l’eau sont reliées à Malenge par un long pont de bois que nous parcourons à pieds.

Nous reprenons ensuite le ferry pour Bomba sur l’île de Batudaka, où nous séjournons dans un petit resort aménagé sur un îlot minuscule formé d’un banc de sable joignant deux gros rochers. Sur le premier sont disposés les bungalows qui offrent par conséquent une vue mer panoramique à presque 360°. Nous faisons bon usage des hamacs installés à notre convenance et admirons – ça faisait longtemps – les couchers de soleil flamboyants.
Sur le deuxième rocher plus petit se tient le restaurant. En chemin pour le déjeuner une véritable aubaine nous attend : un pêcheur local a accosté le banc de sable pour vendre le fruit de sa pêche du jour, neuf langoustes qu’il propose à 250 000 roupies. Pour environ 17 euros donc, nous prenons le tout et se les faisons cuire au restaurant de l’hôtel pendant que Pierre prépare une mayonnaise d’accompagnement. C’est une orgie de langoustes qui comble nos papilles, midi et soir, sous le regard un peu jaloux (ça se comprend) des autres clients du resort.

P1130105

Dernier instant magique de notre séjour aux Togian, nous croisons lors d’une courte sortie snorkeling deux raies léopards qui tourbillonnent quelques instants autour de nous, avec l’élégance qui leur est propre, et qui s’approchent même par curiosité jusqu’à moins d’un mètre d’Hélène.

Tana Toraja

Le pays Toraja est le berceau d’une culture unique et fascinante, bien loin des croyances traditionnelles de l’Asie. Cette très belle région de Sulawesi, aux paysages magnifiques de collines, de rizières et de forêts voit ses traditions perdurer de manière immuable. Chez les Torajas, la vie s’articule principalement autour de… la mort. Chaque individu se doit d’atteindre la prospérité suffisante qui lui permettra d’honorer convenablement et à hauteur de sa classe d’appartenance les cérémonies funéraires de ses proches. Il se passe généralement plusieurs mois (parfois plusieurs années) entre la mort du défunt et ses funérailles, le temps de réunir les fonds nécessaires. Durant cette période le corps demeure dans la maison, momifié, et continue d’être considéré comme un membre de la famille : une assiette lui est servie à chaque repas. Une fois que tous les proches ont convenu des détails de la cérémonie avec les chefs du village du défunt, les funérailles peuvent débuter et se déroulent sur plusieurs jours.

P1130279Nous avons la chance de pouvoir assister à l’une de ces cérémonies, accompagnés d’un guide qui nous détaille les rituels consacrés : des processions se succèdent pour transporter le mort hors de la maison et l’installer dans un cercueil à la vue de tous ; défilent alors des centaines d’invités venus parfois de très loin apportant chacun un cadeau proportionnel à leur lien avec le défunt ; puis on procède aux sacrifices d’animaux, buffles et cochons principalement dont les victuailles seront réparties entre les invités et les habitants du village. Une famille modeste devra sacrifier deux à trois buffles, une famille moyenne au moins douze, une famille aisée plus de vingt-quatre, et une famille noble trente-deux au minimum ! Le prix de la bête démarrant à 2 000 euros et pouvant atteindre des sommes colossales dans le cas d’un albinos (jusqu’à près de 100 000 euros !), c’est toute l’économie locale qui semble tourner autour du marché aux buffles.

À l’issue des funérailles, la tradition voulait qu’on suspende les cercueils à flanc de falaise ou sur les parois de grottes naturelles. Si aujourd’hui cette pratique a disparu, l’autre coutume qui consiste à les enfouir dans des cavités creusées à même la roche est quant à elle toujours en vogue. Nous visitons quelques-uns de ces lieux curieux qui font l’objets de rituels respectueux.

Un autre symbole caractéristique de la culture Toraja se distingue facilement dans la région : ce sont ces maisons typiques à l’architecture très particulière avec un toit en forme de cornes de… buffle ! Très travaillées et codifiées, nous en découvrons dans tous les endroits où nous nous rendons. Les colonnes sur la façade frontale témoignent du statut de la famille en exposant les cornes de tous les animaux sacrifiés lors des cérémonies funéraires passées.

P1130235

Après les Togian où notre activité physique s’est résumée à nous déplacer de la chambre à la plage, de la plage au restau et du restau au hamac, nous décidons de nous dérouiller un peu et de partir pour un trek dans la région, accompagnés de notre guide Yacob et d’un autre français, Victor. Pendant deux jours nous marchons à travers les rizières en terrasse, les forêts de bambou, les plantations de café et de cacao. Les paysages sont enchanteurs et les panoramas se succèdent à mesure que nous montons jusqu’à atteindre le sommet du mont Sesean qui domine la vallée à plus de 2 000 mètres. Sur notre chemin se trouvent quelques villages dans lesquels nous observons toujours les maisons traditionnelles et où nous pouvons distribuer des bonbons aux enfants qui viennent timidement les chercher. Une belle manière de finir de découvrir cette magnifique contrée.

P1130395

 

Désireux de sortir des sentiers battus, de vivre des expériences nouvelles, du dépaysement total et de l’authenticité : nous avons été servis ! Il va nous falloir chercher un moment avant de retrouver un tel joyau… Sachez cependant que ces destinations de rêve ne sont pas si tranquilles et si préservées par hasard : les temps de transport interminables, le confort parfois très sommaire (ici la douche se fait à l’écuelle et à l’eau froide) et le manque de connexion avec le reste du monde (pas d’internet et parfois peu d’électricité), les rendent accessibles uniquement aux irréductibles aventuriers.
Si la beauté des plages et des fonds marins des îles combinée à la richesse culturelle du pays Toraja nous ont éblouis, la gentillesse, la sollicitude et la joie de vivre des habitants de Sulawesi nous ont également beaucoup marqués. Un vrai bonheur qui se transmet via les sourires et les éclats de rire des indonésiens. Par la musique aussi, omniprésente, qui se joue au rythme de la vie locale – c’est-à-dire en reggae. Ici les soirées se terminent souvent autour d’une guitare et nous nous laissons bercer par les voix envoutantes des hommes qui entonnent les chants traditionnels de Sulawesi, et parfois quelques classiques des Beatles pour que nous puissions chanter ensemble.

Ce sont plusieurs milliers d’îles qui constituent l’Indonésie et Sulawesi n’en rassemble que quelques-unes… Autant dire que visiter ce pays est une vaste entreprise et nous savons qu’il nous faudra revenir plusieurs fois. Au vu du temps qu’il nous reste, nous décidons de conclure ce voyage par quelques ‘classiques’ bien sûr plus touristiques mais plus confortables aussi. Ainsi c’est vers Bali et Lombok que nous nous dirigeons pour une douce transition avant le retour en France.

 NB : Les photos et vidéos sous-marines nécessitent du matériel et des compétences que nous n’avons pas. À partir de nos modestes prises, faites travailler votre imagination !

13 réflexions sur “Sulawesi

  1. Mais comment vous faites pour dénicher des coins pareils ?!
    Vu et lu avec Z et B , mais on manque d’inspiration pour ce dernier commentaire….
    Zef trouve qu’il y a trop de poissons (cf: voyage à l’ile Maurice 🙂 )
    Plus sérieusement , on est carrément bouche bée devant de telles de beautés.
    La vidéo….plus que……….. ( on ne trouve pas d’adjectif!)
    Un seul point négatif : Mon Pierre, aurais-tu perdu la main…. ? La mayo n’a pas l’air terrible !
    En tout cas, nous on est heureux de votre retour imminent (hi hi hi )

    J’aime

    1. Ah là là là l’œil de l’experte est sans pitié…
      En effet le premier essai (celui qu’on a filmé) était raté 😦
      A ma décharge :
      1/ Oui j’ai sans-doute un peu perdu la main après 6 mois sans avoir touché une casserole
      2/ Les conditions étaient loin d’être optimales : 35° à l’ombre, pas de moutarde et de l’huile de coco uniquement ultra liquide (utilisée pour la cuisson)
      J’ai réussi tant bien que mal à en faire une qui se tenait et qui fut au final tout à fait mangeable.

      Voilà, pour ma part je serai intransigeant sur la qualité de la vinaigrette à mon repas de retour 😉

      J’aime

      1. Aie , j’ai piqué au vif !
        Mais c’était une blague, juste pour qu’il n’y ait pas que des compliments sur ce blog !!!
        Et aussi cela vous prépare un peu au retour à la réalité !
        Bon , je m’entraîne pour la vinaigrette .
        Plein de bisous

        J’aime

    2. D’ailleurs, en parlant de retour, il faudra que vous nous envoyiez une liste de course pour que vous puissiez nous faire goûter tous ces magnifiques plats 😉
      Enfin, on imagine que vous attendez surtout un p’tit foie gras, côte de bœuf, camembert, vin et compagnie !
      A très bientôt ! =)

      J’aime

  2. Troooooop beau, validé aussi par Paul qui trouve toujours les vidéos trop courtes ! Encore encore encoooooore !
    Ça donne envie de partir tout de suite voir tout ça de ses propres yeux !
    Et ça me donne l’idée de votre dernier défi : prendre l’avion à la date prévue !
    Parce que c’est vrai que la mayonnaise laisse à désirer… 😉
    Vous nous manquez !

    J’aime

  3. Oooooh ! Non ! Flo (que je n’ai pas l’honneur de connaître) m’a piquée mon défi, pour une fois que j’en avais un… Tant pis !
    On reste sans voix devant de telles merveilles, c’est SUBLIME.
    Quel merveilleux album de souvenirs.
    Et puis maintenant que le pas est franchi (voir nos commentaires sur la Malaisie) j’ai hâte de connaître la prochaine destination. Amérique du Sud, peut-être ?
    Mais chaque chose en son temps je connais au moins une personne qui compte les jours maintenant :
    lapan
    tujuh
    enam
    lima
    empat
    tiga
    dua
    satu
    kosong
    Vous devez ressentir des sensations bizarres et contradictoires.
    Bonne continuation.
    Je vous embrasse.
    A bientôt.
    Frédérique

    J’aime

    1. A quelques heures de monter dans l’avion c’est effectivement un mélange de joie et d’appréhension qui nous envahit… Mais les idées de prochaines destinations ne nous manquent pas, le plus dur sera de choisir !
      A bientôt

      J’aime

  4. Je suis plus qu’impressionnee, vous avez vraiment fait un voyage très très riche et au plus près des populations, chapeau pour les photos et les commentaires, on a hâte de vous revoir, plein de bisous

    J’aime

Répondre à Flo Annuler la réponse.